MALI: Le combat n’est pas fini même si des batailles sont gagnées

Publié le par stopauxaccaparementsdesterres

Depuis plus de trois ans les paysans et paysannes de l’Office du Niger étaient confronté-e-s à des accaparements de leurs terres. Plus de 800 000 ha étaient en tractation dans la zone. C’est toujours au nom du gouvernement que des terres étaient réquisitionnées, en usant de la violence policière, de la pression et répression.

 Au départ dans le flou des concertations, promesses et injonctions de l’Etat, les paysan-ne-s se sentaient démuni-e-s, isolé-e-s,  impuissant-e-s devant cet état de fait et les bulldozers.

Une première coalition avec les organisations paysannes (CNOP[1], AOPP, SEXAGON, FANRANSISSO, Forum des Organisations de la Société Civile) a permis de faire le point et aux communautés de s’exprimer lors du forum paysan de Kolongo en novembre 2010. Une prise de conscience collective, un partage d’information, des enquêtes avec restitution sur le terrain ont ouvert la voie à la construction d’un mouvement paysan pacifique mais combatif contre ces accaparements de terres.

Cette coalition s’est trouvée renforcée par la création d’un collectif appelée « Convergence malienne contre les accaparements de terres » qui regroupe différents mouvements sociaux1 impliqués à différents niveaux mais chacun de leur coté sur le sujet. Cette union a permis d’apporter du soutien et de la crédibilité pour la lutte. Un travail de fond de plusieurs mois a été mené lors de différentes missions sur le terrain pour informer, construire, renforcer la cohésion sociale, la confiance, la dignité et l’unité dans les stratégies.

Après ces nombreuses rencontres, 3 villages, Sanamadougou, Saou et Sansanding  se sont engagés sur la voie juridique pour faire valoir leurs droits avec un cabinet d’avocat. La première audience au tribunal de Markala a débuté le 22 février 2012, la prochaine sera le 30 août 2012, entre temps 3 audiences  sont passées. Même si à ce jour aucune délibération n’a eu lieu, la procédure gène les investisseurs.

De son coté la Convergence a fait entendre sa voix auprès des autorités et a dénoncé au cours d’émissions radios ces accaparements. Les reportages télévisés, où le ministre de l ’Agriculture s’affichant avec un des investisseur Modibo Keita, promeut cette nouvelle agriculture industrielle au détriment des paysan-ne-s, qualifié-e-s de « rebelles » manipulé-e-s « par certaines personnes de mauvaise foi venue de Bamako »- c'est-à-dire par la Convergence ont donné lieu à une publication d’une lettre ouverte au ministre précité. D’autre part les journées paysannes organisées tous les ans par le gouvernement et l’APCAM[2] ont été remises en cause par un courrier dénonçant le non-sens de ces journées alors que les paysans et paysannes avaient leurs terres accaparées.

Toutes ces actions ont donné quelques résultats.

Les deux investisseurs visés dans les procédures juridiques, la société SOSUMAR et le négociant en céréales des sociétés 3M, Modibo Keita ont révisé leur position.

Pour le premier, SOSUMAR, la Société sucrière de Markala, a annoncé qu’elle se retirait du projet deux jours avant la seconde audience, le 31 mai et se retournerait même contre l’Etat malien. Cela concernait 25 000ha, touchant la zone du Sana, et plus spécifiquement le village de Sansanding. Selon l’Agence Reuter le « groupe sud-africain Illovo Sugar est sorti d'un projet de 2,6 milliards de rands de sucre au Mali, en grande partie en raison de la crise socio politique et aussi des difficultés de financement, et mettra l'accent sur les opportunités de croissance ailleurs en Afrique. »
SOSUMAR avait été crée sous l’égide du fameux partenariat public privé (PPP) : 70% par le groupe sud-africain ILLOVO - le plus grand producteur du sucre en Afrique, ayant aussi des opérations en Afrique du Sud, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzanie et Zambie -  qui est  inscrit à la Bourse de Johannesburg et contrôlé principalement par Associated British Foods Ltd, qui détient 51% du capital ; 4% par  Schaffer Global Group ,une corporation privée basée aux États-Unis qui via USAID offre des services internationaux de gestion et d’accompagnement de projet agro-industriels ou de développement énergétiques et d’infrastructures ; 22% par des privés maliens ; 4% pat l’État malien. 

Le deuxième investisseur, Modibo Keita, est un négociant devenu en moins de 10 ans milliardaire grâce à une facilité d’accès aux subventions allouées dans le cadre des intrants et des denrées d’import/export. Pourtant un  bail de l’Office du Niger lui octroyait 7400ha -une première tranche dans le cadre d’un projet de 20 000ha pour du blé-. Mais c’est à plus de 30 km de là que Modibo  Keita s’accapare de terres paysannes et implante un bâtiment d’une valeur de 1 milliard, après avoir négocié 800 ha avec un village tout en se permettant de s’étendre sur d’autres terres d’autres villages sans aucun consentement de ces derniers.

Trois ans que ces villageois-e-s de Sanamadougou et Saou étaient privé-e-s de leurs terres, avaient subi emprisonnements, bastonnades, pressions quotidiennes. Le 8 juillet de cette année, ils ont enfin pu retrouver une partie de leurs champs et vont pouvoir cultiver en ce début de saison d’hivernage.

Mais ces avancées notoires ne signent pas la victoire ! Modibo Keita est encore là et veut  récupérer ses 1 milliard d’investissements qui devrait être payé par l’Office du Niger qui a reconnu ne pas avoir bien mené le dossier, mais qui n’a pas d’argent. Rien n’est encore sécurisé pour les communautés.

Et d’autres investisseurs comme Tomota pour 100 000ha, NSUKALA pour 27 000  ha, MALIBYA pour 100 000 ha et de nombreux autres sont encore là, ayant borné, obtenu un bail ou une promesse de bail ou commencé à investir comme les  40 km de canal pour MALIBYA, déjà construit. Mais, ce dernier projet reste bloqué à la suite des événements survenus en Libye ayant provoqué la mort de Mouammar Kadhafi.

Pourtant, les vrais investisseurs depuis des années sont les paysans et paysannes, pas ou peu soutenu-e-s, dénigrés ils fournissent 60% du riz au peuple malien et approvisionnent les marchés en produits du maraichage tout comme les éleveurs, pêcheurs. Si tout l’argent – des milliards- avait été réellement à cette agriculture paysanne, familiale c’est plus de 100% qui seraient produit. Mais on préfère expulser manu militari  les paysans et paysannes au profit d’une poignée d’investisseurs tournés vers l’exportation de denrées ou d’agro carburant !

Le combat n’est pas fini ! Si l’Office du Niger a été mis sous le feu des projecteurs par rapport aux accaparements de terres, d’autres cas sont présents partout dans le Mali. C’est la souveraineté alimentaire voir nationale qui sont en jeu, ce sont de milliers de personnes qui risquent d’être déplacées, ce sont des territoires entiers et leurs écosystèmes, leurs identités qui risquent de disparaitre.

Pour l’avenir du Mali, la défense des terres et des territoires, pour un autre futur, nous continuerons à nous battre !

 

 

Globalisons la lutte, globalisons l'espoir!

 

 

La Convergence malienne contre les accaparements de terres

 

Contacts téléphoniques :

Ibrahima Coulibaly : +223 66.76.11.26/Massa Koné : +223 76.49.03.15/Bréhima Dembélé : +223 79.19.48.71

 

Contact mail

chantal.jacovetti@wanadoo.fr

 

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